PEAU CLAIRE, POIDS SYMBOLIQUES : ETUDE QUALITATIVE DES DESSOUS SOCIOANTHROPOLOGIQUES DE LA DEPIGMENTATION COSMETIQUE VOLONTAIRE A DAKAR
DOI :
https://doi.org/10.61585/pud-dkm-v69HS10Mots-clés :
Dépigmentation cosmétique, santé publique, normes de beauté, identité culturelle.Résumé
Introduction : La dépigmentation cosmétique volontaire (DCV) est une pratique courante en Afrique, notamment au Sénégal, où plus de 60 % des femmes l’utilisent (Mahé et al., 2004). Motivées par des normes de beauté
valorisant la peau claire, ces femmes s’exposent à des risques sanitaires majeurs, soulevant des préoccupations sociologiques et sanitaires. Cette étude vise à explorer les déterminants sociaux et les conséquences de la DCV chez les patientes de l’Institut d’Hygiène Sociale (IHS) à Dakar.
Résultats : Les résultats révèlent que la quête d’une peau claire chez les femmes interrogées s’ancre dans des normes esthétiques profondément façonnées par des constructions sociales et historiques, où la clarté du teint est associée à la réussite, à l’élégance et à la reconnaissance sociale. Cette perception est renforcée par les médias, les réseaux sociaux et parfois même les discours familiaux ou communautaires. Bien que les risques sanitaires liés aux produits dépigmentants soient largement connus allant
d’irritations cutanées à des pathologies graves leur usage persiste. Cette persistance s’explique par une double contrainte : une forte pression sociale qui valorise la peau claire, et une forme d’addiction psychologique et comportementale difficile à rompre. Les données recueillies auprès des services de dermatologie soulignent une prévalence alarmante de complications médicales directement liées à la dépigmentation volontaire. Sur le plan socio-économique, l’achat de produits éclaircissants, combiné au coût élevé des traitements, représente une charge financière importante, souvent sousestimée, pour les femmes concernées.
Conclusion : Les représentations sociales de la beauté et les normes de genre aggravent les risques associés à la DCV. Il est donc essentiel d’intensifier les campagnes de sensibilisation sur les dangers des produits éclaircissants, de promouvoir l’acceptation de soi, de renforcer le contrôle
de la vente de ces produits et d’alourdir les sanctions relatives à la dépigmentation.